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Alliance Jurassienne Non au Nucléaire

Ce ne serait pas rentable sans aide de l’État

Les nouvelles centrales nucléaires ne sont pas compétitives, à moins que l’État ne prenne en charge une partie des coûts et des risques, analysent l’École polytechnique de Zurich et l’Institut de recherche Paul Scherrer. À l’image, la centrale de type EPR d’Olkiluoto, en Finlande, lors de sa construction en 2008. KEY

Selon une étude, une nouvelle centrale nucléaire générerait chaque année 1,6 milliard de francs de valeur ajoutée pour l’économie suisse et créerait environ 3000 emplois. Mais un tel projet ne serait pas réalisable sans une aide publique au démarrage.

Une telle centrale permet de réduire le déficit d’électricité susceptible de survenir en hiver, selon une analyse publiée hier par l’institut de recherche économique Bak Economics à la demande d’economiesuisse. Ce scénario repose sur la construction d’une nouvelle centrale nucléaire de type EPR, dont la mise en service serait prévue en 2050.

Pendant la phase de construction, la valeur ajoutée nationale atteindrait 7,4 milliards de francs, soit environ 51% du coût total des travaux. À partir de la mise en service, en 2050, 1,2 milliard de francs de valeur ajoutée s’y ajouteraient chaque année. La baisse des coûts de l’électricité pour les ménages et les entreprises générerait en outre 240 millions de francs par an.

L’étude met également en avant un approvisionnement électrique plus stable ainsi que des bénéfices climatiques et environnementaux estimés à environ 1,2 milliard de francs par an. Elle souligne toutefois les risques de dépassements de coûts et de retards, tels qu’observés dans des projets similaires en Europe. Selon ses auteurs, le projet dépendrait en outre d’aides publiques.

Trop cher et trop dangereux

L’École polytechnique de Zurich (ETH) et l’Institut Paul Scherrer (PSI) arrivent à une conclusion similaire dans leur analyse publiée fin juin: dans le contexte économique actuel, les nouvelles centrales nucléaires ne sont pas compétitives, à moins que l’État ne prenne en charge une partie des coûts et des risques.

Les coûts de construction jouent un rôle déterminant. Selon leurs modélisations, une nouvelle centrale n’est rentable que si les coûts de construction ne dépassent pas 8000 francs par kilowatt de puissance installée. Or les projets les plus récents en Europe et aux États-Unis atteignent environ 12 000 francs par kilowatt.

Dans un communiqué, l’alliance «Non aux nouvelles centrales nucléaires» reproche à l’étude de passer sous silence des coûts se chiffrant en milliards de francs. La provenance de ces fonds reste ainsi floue. Selon l’alliance, les subventions seraient répercutées sur les consommateurs d’électricité, entraînant une hausse des prix plutôt qu’une baisse.

Pour le conseiller national Stefan Müller-Altermatt (Centre/SO), l’étude repose sur des hypothèses embellies. «Ceux qui font ce genre de calculs ne fournissent pas une analyse sérieuse», a-t-il déclaré.

Les énergéticiens ne veulent pas construire

Publié en mars en collaboration avec l’ETH et le PSI, «l’Axpo Energy Report» aboutit à une conclusion similaire. L’État doit assumer intégralement les «risques politiques, réglementaires et financiers», estime lui aussi le groupe énergétique Axpo. Celui-ci juge important que les centrales nucléaires existantes puissent être exploitées aussi longtemps que le permet la loi.

Si les entreprises énergétiques suisses saluent la levée prévue de l’interdiction de construire de nouvelles centrales nucléaires, aucun projet concret n’est toutefois envisagé à ce stade, ni par Axpo ni par les autres groupes énergétiques comme BKW ou Alpiq.

En Suisse, la construction de nouvelles centrales nucléaires est actuellement interdite. Le Conseil fédéral et le Parlement souhaitent toutefois lever cette interdiction. Fin juin, un large front d’opposants a lancé un référendum contre cette décision.

Le PS, les Verts, les Vert’libéraux ainsi que des représentants du Centre, de la Fondation suisse de l’énergie et de Greenpeace Suisse s’opposent au contre-projet adopté par l’UDC, le PLR et plusieurs élus du Centre en réponse à l’initiative populaire «De l’électricité pour tous, en tout temps (Stop au black-out)».

Un risque à tous égards

Pour le conseiller national Stefan Müller-Altermatt, une nouvelle centrale nucléaire représente un risque à tous les niveaux: «Un risque pour la stratégie énergétique, un risque financier colossal pour l’État et un risque réel pour la vulnérabilité de notre pays», dit-il.

Selon la conseillère nationale Priska Wismer-Felder (Centre/LU), les experts estiment qu’une nouvelle centrale coûterait au moins 25 milliards de francs. Pour la présidente des Vert-e-s Lisa Mazzone, cet argent manquerait alors au développement des énergies renouvelables.

La question du financement n’est pas la seule en suspens. Aucune solution définitive n’a encore été trouvée pour l’élimination des déchets nucléaires. La recherche d’un site de stockage dure depuis plus de vingt ans et n’est toujours pas achevée, a rappelé la Genevoise Lisa Mazzone.

Il y a près de dix ans, la population s’était prononcée contre la construction de nouvelles centrales nucléaires en acceptant à 58% la révision de la loi sur l’énergie. Les électeurs doivent se prononcer en février 2027 sur la levée de cette interdiction.

Le Quotidien Jurassien – Nyima Sonam, ATS

© Cet article est reproduit avec l’autorisation des Editions D+P SA, société éditrice du Quotidien Jurassien.

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